C’est ça un gouvernement d’urgence nationale contre le coronavirus ?

Trois mois à peine après l’installation d’un gouvernement d’urgence nationale destiné à lutter contre la crise du COVID-19  en Israël, le constat est affligeant. En matière de lutte contre le coronavirus, le gouvernement s’est avéré être impuissant à définir une ligne directrice. Quant à la crise économique, elle a été aussi mal gérée, ce qui amène également à une crise sociale sans précédent.

De plus, les partis de la coalition sont principalement occupés à épier leurs partenaires, pour éviter les coups bas qui feraient exploser la coalition et mèneraient directement à des élections. C’est ainsi le cas pour le vote du budget qui, selon la loi, doit être validé dans les cent jours de la mise en place d’un gouvernement, sous peine de dissolution automatique de la Knesset et donc de retour aux urnes.

Encore une fois, les électeurs israéliens ont été trompés par ces hommes politiques qui se sont servis de l’aspiration de la population à la promotion d’un gouvernement d’union nationale, pour assouvir leurs intérêts privés bien avant l’intérêt national.

L’intérêt national, justement, aurait été de constituer un gouvernement resserré ayant un pouvoir de décision rapide et efficace, avec des ministres ayant fait leurs preuves ou du moins ayant une expérience irremplaçable dans leur domaine de prédilection.  Au lieu de cela, on nous a imposé une mascarade. Songez qu’un tiers des députés de la Knesset sont devenus membres de ce gouvernement dans lequel la notion de récompense politique est devenue pratiquement le critère unique et essentiel pour y siéger.

Pour masquer cela on nous a fait croire qu’un tel gouvernement d’union nécessitait une égalité parfaite entre les blocs politiques, afin d’assurer que ni Netanyahou, ni Gantz  ne seraient désavantagés lors d’une prise de décision. Huit ministres nommés par Netanyahou et huit nommés par Gantz, c’est une égalité aussi parfaite que dix-huit ministres nommés par chacun des deux dirigeants. Que d’argent jeté par la fenêtre pour caresser l’ego  de personnalités politiques ayant pourtant déjà un poste important en tant que député !

Cela démontre que la préoccupation principale de Netanyahou a été et est toujours d’occuper le poste de Premier Ministre, qu’il pense être le seul bastion suffisamment protecteur dans son bras de fer avec la justice. C’est aussi parce que, comme le montre son mode de fonctionnement politique, cela lui permet de poursuivre sa gestion despotique du pays. Maître absolu de « sa majorité », Netanyahou  s’est arrogé depuis des années (mais surtout les dernières) un pouvoir absolu, arbitraire, solitaire, sans contrôle. Personne dans son camp, jusqu’à la courageuse tentative de Gideon Saar, n’a eu le courage de le défier, car tous en connaissaient les terribles conséquences pour leur carrière politique.

C’est afin de pouvoir poursuivre cette conception de l’exercice du pouvoir que Netanyahou a concocté, comme solution ultime et incontournable, ce gouvernement d’urgence nationale.

D’autant que Gantz, a sans doute été jugé par Netanyahou, comme assez tendre et inexpérimenté politiquement, pour pouvoir être manipulé et utilisé à son tour. C’est donc tout naturellement que Netanyahou, de nouveau promu Premier Ministre et pensant sans doute que le plus dur de la crise du COVID-19 était passé, a décidé de poursuivre tranquillement son chemin politique sur le même mode de fonctionnement, c’est-à-dire : priorité à ses intérêts personnels et gestion despotique du pouvoir.

Mais cette erreur d’appréciation a mis en lumière le vrai Netanyahou, pas celui qui, grâce à une communication bien maîtrisée nous fait croire que c’est le « meilleur économiste du monde », que c’est le « monsieur sécurité » indispensable au pays, que c’est un Superman qui peut  affronter la justice sans conséquence pour sa gestion du pays.

Résultat, on a laissé filer les avantages certains de la gestion de la crise du COVID, et parce que Bibi la croyait  derrière lui, il n’a pas fait cas de sa gestion pourrie de la crise sociale qui couvait depuis trois mois, le plus important étant de savoir ce qui allait se passer à la prochaine audience du tribunal.

Et quand le Premier Ministre a été brutalement réveillé par les manifestations hostiles, il a paniqué et a mal réagi en voulant distribuer à tout le monde, pauvres et riches, la même aide…

C’est à cette occasion que les israéliens se sont aperçus que « le roi était nu », que le grand économiste avait manqué ses cours à la fac sur le volet social d’une économie, que le pays avait  besoin de stabilité et pour cela d’un budget à long terme, qu’il avait jeté aux oubliettes un Bennett qui n’avait pas démérité dans sa lutte contre le coronavirus, simplement parce qu’il le haïssait et pensait ne plus avoir besoin de lui, qu’il ne voulait pas redonner la responsabilité du traitement de la crise sanitaire à Tsahal parce qu’il redoutait de mettre en valeur Benny Gantz etc.

Tous ceux qui ont approché de près Netanyahou disent qu’il possède une intelligence bien au-dessus de la moyenne. Souhaitons qu’il la remette bien vite au service des intérêts du pays, car nous n’en n’avons pas fini, loin de là, avec cette crise aux multiples visages.

Et en premier lieu, qu’il tire le plus grand parti des avantages d’un gouvernement d’urgence nationale…

Claude LEVY

 

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