Echange annexion de la Judée Samarie contre relation avec les Emirats Arabes Unis

C’est le troc de l’année, celui proposé par Trump et qui vient sauver la face de Netanyahou, empêtré dans une impasse qu’il avait lui-même emprunté, alors que personne ne lui avait rien demandé. C’est ce qu’on appelle une sortie par le haut, un tour de passe-passe que personne ne peut refuser, puisqu’inévitable et proposé dans le bon tempo, pour arranger tout le monde en créant la sensation.

Le 28 janvier dernier, Donald Trump annonçait »en grande pompe », lors d’une cérémonie mal ficelée, son plan du siècle pour le règlement du conflit israélo-palestinien. Immédiatement, Netanyahou, en pleine campagne électorale croit déceler une faille dans le plan du Président américain et s’engage à mettre en place l’annexion de pans de la Judée-Samarie dès le 1er juillet 2020. Or, ce n’est pas ce que prévoit le plan de paix, comme l’indique d’ailleurs Benny Gantz, reçu un jour plus tôt à la Maison Blanche. Cette possibilité sera offerte à Israël, si aucun accord n’est trouvé avec les palestiniens après quatre ans de négociations.

Mais Netanyahou, qui veut profiter de la situation pour remobiliser une partie de son électorat n’en fait qu’à sa tête, avec le silence bienveillant de l’Administration américaine. On connait la suite, avec la mise en place d’un gouvernement bancal, une grande majorité des israéliens opposés à l’annexion, toute la haute hiérarchie de Tsahal qui n’en veut pas,  ainsi qu’une partie des habitants juifs de Judée-Samarie, sans parler de la mobilisation quasi générale des pays occidentaux et des pays arabes modérés qui font comprendre à Trump qu’il devra assumer seul les conséquences de cette décision.

Premier résultat, le 1er juillet passe comme un jour normal. Pas un mot du Premier Ministre sur son projet d’annexion unilatéral. De même pour les jours puis les semaines qui suivent.

La vérité est que Trump a finalement dit « niet » au projet inapproprié de Netanyahou. Pourtant, en coulisses, on s’active afin de trouver une porte de sortie honorable pour le Premier Ministre israélien et Jared Kushner flaire le bon filon.

En effet, depuis l’attaque aux missiles des champs pétroliers de l’Arabie Saoudite, le 14 septembre 2019, attribuée à l’Iran, les pays du Golfe se sentent vulnérables et aucun autre pays allié ne peut leur assurer une défense anti-missile correcte. Or, l’Iran est aussi l’ennemi d’Israël et un début de coopération  militaire discret est déjà en place entre les pays du Golfe et l’Etat hébreu.

Mais depuis près de deux ans la situation évolue encore et l’Iran se renforce militairement dans certains domaines comme la production de missiles et de drones.

Il parait maintenant évident que le secret (de polichinelle ?) concernant les relations de défense entre Israël et certains pays du Golfe est un frein à son efficacité, car seul Israël dispose d’une gamme exceptionnelle et complète de moyens de défense anti-missiles.

Officialiser ces relations voudrait dire achats par les pays du Golfe de systèmes de défense israéliens tels que le « Dôme de Fer », la « Fronde de David » ou le « Système Hetz », par le biais d’accords de défense officiels entre ces pays.

D’autre part, côté annexion, ces mêmes pays du Golfe ont tiré la sonnette d’alarme et ont fait savoir, que contrairement aux précédentes décisions du déplacement de l’Ambassade américaine à Jérusalem ou de la reconnaissance de l’annexion du Golan, cela ne passerait pas et le plan d’accord régional contre l’Iran en pâtirait.

La proposition de Jared Kushner d’échanger l’annexion unilatérale  de Netanyahou, contre une reconnaissance de relations entre Israël et les Emirats Arabes Unis pourrait s’avérer être une proposition gagnant-gagnant-gagnant, à la fois pour Trump, en vue des élections, pour Netanyahou qui pourra honorablement redorer son blason et les E.A.U. qui pourront se targuer d’une victoire politique en ayant stoppé l’annexion.

D’autant que maintenant, la voie est ouverte pour les autres pays du Golfe vers une coopération  avec  les Etats-Unis et Israël contre l’ennemi commun qu’est l’Iran. Car c’est aussi la conclusion à laquelle sont arrivés les Saoudiens qui ne disposent pas de militaires ayant  la qualité professionnelle requise pour s’opposer aux visées iraniennes. Il suffit de voir les résultats de la guerre au Yémen où toute l’armée Saoudienne, pourtant équipée des armes les plus sophistiquées, n’a pu vaincre une bande de terroristes  faiblement équipés.

L’occasion faisant le larron, la tentation d’échanger un accord d’annexion contre une relation officielle prometteuse avec un nouvel Etat arabe était trop forte. Et tant pis pour la parole donnée de Netanyahou, il n’en est pas à un revirement près.

Saluons donc le travail de Jared Kushner, celui en lequel, selon les dires de Bolton, Netanyahou n’avait pas confiance, qui a su convaincre toutes les parties concernées de l’intérêt immédiat et futur de cet accord.

Alors, rendez-vous  bientôt sur les plages de Dubaï, à quelques brasses des plages iraniennes, pour les touristes israéliens, ou sur les bases de Dubaï, pour les F-35 de Tsahal, à quelques minutes des sites nucléaires iraniens. A vous de choisir, messieurs les ayatollahs…

Claude LEVY

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