Macron et le Liban : entre bonne volonté et fausse naïveté

Après la tragique explosion du 4 août dans le port de Beyrouth, Emmanuel Macron a été le seul grand dirigeant à se déplacer au pays du Cèdre afin de montrer sa solidarité et son espoir de sortir le Liban de la profonde crise qui le mine. Certains diront qu’il a imité son prédécesseur François Mitterrand venu soutenir les troupes françaises à Beyrouth après l’attentat du Drakkar. D’autres diront que cela devient une habitude pour Macron de vouloir se comporter comme ses prédécesseurs, après son esclandre « à la Chirac » lors de sa dernière visite en Israël…

Pourtant, on pourrait également analyser cela en constatant que le Président français fait ce qu’il peut, avec les moyens qu’il a, c’est-à-dire que finalement il fait peu, parce que de moyens, il n’en a pas…

Il faut constater que la France était déjà au chevet du Liban depuis de nombreux mois pour tenter de sortir ce pays de la faillite économique, politique, sociale etc. et pour la première fois, des conditions préalables avaient été posées au Liban pour obtenir l’aide du FMI et des donateurs internationaux.

L’explosion du 4 août aurait pu bouleverser ce processus au nom de la solidarité avec le peuple Libanais en détresse, mais il n’en fut rien. Si Macron n’est pas arrivé les mains vides au Liban, il est resté ferme sur les conditions de réforme du système politique libanais et de constitution d’un gouvernement de techniciens compétents et indépendants des partis politiques. Les 400 militaires français ont déblayé durant un mois le port de Beyrouth, de l’aide humanitaire a été transmise directement aux hôpitaux et habitants, mais pas un centime de l’aide internationale n’a été débloqué.

Près de deux mois plus tard, le Premier Ministre désigné au Liban a échoué à constituer un gouvernement, exclusivement en raison des conditions émises par le Hezbollah et ses alliés chiites.

Est-ce une surprise ? Bien sûr que non. Ce processus était voué à l’échec dès le départ, car il était conditionné par l’illusion que le Hezbollah et ses alliés allaient passer la main et renoncer à leurs fortes positions politiques et à l’une de leurs principales sources de revenus que sont les ministères libanais et leurs budgets.

Alors, qu’allait faire Macron dans cette galère ? Le Président français est-il si naïf que cela qu’il puisse penser pouvoir faire plier le Hezbollah ?

En réalité, la France se devait d’être présente aux côtés du Liban en raison de l’histoire et des liens qui lient les deux pays. Et puis tant qu’à être présent, il fallait parler haut et fort et tenter le tout pour le tout pour éviter le chaos général du pays. C’était la seule chance et la seule opportunité de mettre en difficulté le Hezbollah et de le contraindre à des reculs et des concessions. Même si la Diplomatie Française savait très bien que c’était peine perdue, il fallait marquer le coup. C’est tout et même je dirais que ce sera tout.

Tout le monde sait que le Hezbollah, à l’image de son mentor iranien, ne recule jamais et ne cède jamais rien, que toute victoire contre eux doit être arrachée par la force et que seule une guerre libèrera le Liban du Hezbollah.

Mais là se trouve les limites qu’aucun dirigeant politique censé n’est prêt à franchir. D’abord par manque de volonté, mais aussi et surtout, par manque de moyens.

Alors on se replie sur la formule magique (et grandement hypocrite) pour s’interdire d’intervenir en prétendant que c’est aux libanais eux-mêmes de faire le travail.

Macron a donc fait acte de présence, seul, et c’est déjà beaucoup. Mais au regard du défi libanais cela relève uniquement du soutien moral.

Par contre, Macron a affirmé sa présence au Liban et cela lui donne le droit de continuer à diriger l’action internationale en faveur du Liban.

Affirmer sa présence, cela représente un pan important du jeu diplomatique international. Si les dictatures prônent plutôt la présence par la force, les démocraties emploient d’autres méthodes. Ainsi, Macron, dans un autre dossier, celui de la tension entre la Grèce et la Turquie, a choisi le déploiement militaire face à Erdogan pour affirmer la présence de la France et d’une partie des pays méditerranéens. Et cela semble avoir stoppé, au moins momentanément, la Turquie, très occupée par ailleurs.

Enfin, il y a eu ce « coup de gueule » du Président français au sujet du Hezbollah, qui pourrait être important s’il devait marquer un changement de doctrine politique de la France face au groupe terroriste chiite, bien que je ne pense pas que le moment soit encore venu. C’est plutôt un cri de colère pour prendre date, en attendant peut-être le retour des Etats-Unis après l’élection présidentielle américaine.

Car sans l’appui américain, rien de sérieux ne pourra être entrepris aussi bien au Liban que contre l’Iran. Et comme les deux dossiers sont étroitement liés…

Quoi qu’il en soit, à ce moment-là, Macron, les européens et bien d’autres devront alors choisir leur camp et ne plus naviguer entre la bonne volonté et la fausse naïveté.

Claude LEVY

Free Joomla! template by L.THEME