Le plan d’annexion : est-ce vraiment le moment ?

C’est en janvier dernier que Donald Trump a finalement décidé de présenter son plan du siècle pour un règlement du conflit israélo-palestinien. Après avoir longuement hésité, il a choisi de le dévoiler en pleine campagne électorale israélienne et ce fait a eu et aura ses conséquences. Comme cette annonce à la va-vite, presque en catimini, pour un plan si ambitieux.

Netanyahou a su profiter, en politicien chevronné qu’il est, de chaque espace que lui laissait cette situation pour avancer ses pions et avant tout, en faire un argument précieux pour sa campagne électorale. Ainsi, le plan Trump, prévu pour régler définitivement le conflit, en créant deux Etats, par le biais de négociations et de compromis difficiles pour chaque partie a été résumé à une seule chose par le Premier Ministre : « Annexion », voire plus gênant encore « annexion unilatérale ».

Trump et Kouchner ont été, à cet instant-là, complices de la manipulation de Netanyahou et devraient s’en mordre les doigts le moment venu. Gantz, quant à lui, a été plus honnête dans son interprétation du plan américain, acceptant une possible annexion dans le cadre d’un accord négocié et avec l’approbation notamment de certains pays arabes.

On connaît le résultat des élections et sa conséquence, celle de la création d’un gouvernement d’urgence nationale, qui deviendra peut-être, à la fin de la crise du COVID-19, un gouvernement d’union nationale.

On connaît également les modalités d’application initiales avancées par Netanyahou lors de la campagne : dès le mois de juillet prochain, Israël appliquera la possibilité d’annexer une bonne partie de la Judée- Samarie. Mais, cette possibilité qu’a laissé entrevoir Netanyahou durant la campagne, lui revient aujourd’hui comme un boomerang, car ce n’est pas la philosophie première du plan du siècle proposé par la Maison Blanche.

En effet, dans le but d’en tirer un avantage électoral immédiat, Netanyahou a dénaturé le plan Trump qui, dans son contenu est pourtant la meilleure proposition de paix proposée à Israël depuis sa création en 1948, car cela permettrait de fixer des frontières sûres et reconnues en intégrant toutes les implantations actuelles en contrepartie de la création d’une entité palestinienne démilitarisée. Cet accord aurait pour conséquence un développement des relations et de la coopération avec tous les pays arabes du Moyen-Orient à l’exception de l’Iran et de ses satellites.

Le Président américain avait pourtant prévenu tout le monde, en indiquant que chacun aurait de dures concessions à faire pour parvenir à un tel accord de paix et il a mis sur la table toutes ces concessions.

Mais c’était sans compter sur les intentions du Premier Ministre israélien qui a fait ses emplettes parmi les propositions américaines, prenant ce qui l’intéressait et ignorant tout ce qui était contraire à son idéologie.

Certains ministres sont même allés jusqu’à dire il y a quelques jours, dans un rare moment d’honnêteté, que les dirigeants israéliens ne s’étaient jamais engagés à accepter tout le plan du siècle…

Alors, que fait-on maintenant que le 1er juillet approche à grands pas ?

Il paraît difficile de croire qu’Israël appliquera sa souveraineté unilatéralement sur certains territoires de Judée et Samarie. La Maison Blanche ne tient pas pour l’instant à monter son opposition face aux intentions de Netanyahou, à quelques mois seulement de l’élection américaine. Trump peut tirer avantage de sa proposition du siècle s’il la présente de nouveau  comme sa version première, celle d’une base de négociation pour un accord de paix général mettant fin au conflit, l’annexion unilatérale n’étant seulement qu’une conséquence future du refus de négociation des palestiniens.

Ces derniers l’ont d’ailleurs bien compris qui ont fait, contrairement à leur refus initial, des contre- propositions de négociations au Quartet, dans lequel siègent les américains.

L’opinion publique israélienne également s’oppose à cette date du mois de juillet, préférant même un statuquo à une décision unilatérale, qui mettrait Israël en grande difficulté sur le plan international et amènerait Tsahal à revenir en force dans toute la Judée et Samarie pour tenir ces territoires dans un cadre sécuritaire acceptable.

Alors, la souveraineté israélienne sur ces territoires est-elle souhaitable ? Oui, plus que jamais, elle entre dans le cours de l’histoire. Doit-elle s’appliquer dès le mois de juillet ? Non, car elle se ferait dans la précipitation, la confusion et sans doute sans le soutien américain.

Tout le monde l’a bien compris, même Netanyahou qui, s’il veut « entrer dans l’histoire » doit s’atteler à avancer, sur les bases du plan Trump, vers un accord négocié avec les palestiniens et le soutien fort et complet des américains.

Ce serait d’ailleurs le meilleur gage de soutien pour la réélection de Trump de voir des négociations débuter avant la prochaine élection américaine…

Claude LEVY

 

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