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Attention, un Trump peut en cacher un autre…

Dès son élection, Donald Trump a été présenté comme le sauveur d’Israël sur la scène internationale, comme celui qui allait imposer un enterrement de première classe à la solution de deux Etats au Proche-Orient, laissant espérer ainsi à la droite dure israélienne que plus rien ne pourrait arrêter sa marche vers la solution du « Grand Israël » avec Jérusalem comme capitale unifiée, flanquée d’une ambassade américaine comme preuve du soutien indéfectible à l’Etat juif.

Il planait alors une euphorie sans limite sur la droite israélienne enfin débarrassée du traitre Obama. Dès le lendemain de l’intronisation du nouveau président, les projets de construction en Judée et Samarie, fraichement ressortis des cartons, étaient annoncés, exhibés même. Ces 5000 logements neufs qui allaient être construits étaient la preuve qu’une nouvelle ère venait de s’ouvrir, unilatéralement favorable à Israël.

Grisés par l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, les dirigeants israéliens ne voulaient alors voir dans les premiers bémols de l’Administration américaine qu’un simple retard à l’allumage dû à l’installation d’une nouvelle équipe à la tête des Etats-Unis. Pourtant, plus d’un mois après le début de son mandat, Trump n’avait toujours pas transféré l’ambassade américaine à Jérusalem, alors qu’il avait promis que ce serait son premier acte de président. Même les premiers appels à la modération concernant les constructions n’étaient guère pris au sérieux en Israël où Netanyahou et les ministres de sa coalition n’attendaient que la première rencontre entre le Président américain et le Premier Ministre israélien pour montrer au monde entier le nouveau soutien unilatéral des Etats-Unis à Israël.

Malgré l’ambiance extrêmement chaleureuse de cette première rencontre à la Maison Blanche, les premiers mots qui fâchent étaient prononcés par Donald Trump, Président inexpérimenté et encore mal préparé, qui sème ses petits cailloux pour baliser son chemin vers la paix. Oui, il veut faire la paix entre israéliens et palestiniens, parce qu’un tel accord est indispensable pour contrecarrer l’hégémonisme iranien en réunissant une coalition des pays arabes « modérés ».

Alors il annonce qu’il faut préserver les chances de paix en modérant les constructions, que le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem viendra en son temps et que la solution territoriale est à choisir par les deux parties concernées, un Etat ou deux Etats, peu lui importe…

Finalement, Netanyahou reviendra en Israël avec, dans ses bagages, la seule confirmation de l’assurance sécuritaire accordée par Obama sous la forme d’un budget et l’engagement de Trump de lutter contre l’Iran.

Certes, le climat a changé entre Washington et Jérusalem, d’autant que les Etats-Unis commencent à s’impliquer contre les outrances anti israéliennes des Institutions Internationales, mais ce n’est tout de même pas, loin s’en faut, le changement radical attendu par Netanyahou. D’autant que deux jours plus tard, l’Administration Américaine affirme que les Etats-Unis n’ont pas renoncé à la solution des deux Etats.

Netanyahou comprend alors, mais un peu tard, que s’il a retrouvé un ami à la Maison Blanche, cette amitié aura un prix et qu’il ne pourra pas faire tout et n’importe quoi dans les territoires, la position de Trump ayant évolué depuis son élection, face à la réalité du terrain.

Quelques semaines plus tard, la diplomatie reprend le dessus sur les liens d’amitié pourtant bien réels et Israël devra s’adapter à cette nouvelle situation.

Trump est d’accord pour soutenir Israël contre tous dans les Instances internationales, à barrer la route de l’Iran au Moyen-Orient en collaboration avec Israël et une coalition arabe qui ne sera toutefois constituée que si des progrès réels dans le processus de paix avec les palestiniens seront constatés.

Autrement dit, il faudra un retour obligatoire à la table des négociations. Et c’est là que le Trump ami réel d’Israël, devient le Trump pragmatique, qui va tenter de se servir de cette réelle amitié pour faire aussi avancer les intérêts des Etats-Unis dans la région.

Pour Netanyahou, la situation est loin d’être aisée. Parti plein d’optimisme à Washington en n’ayant surtout pas oublié comme à son habitude de crier victoire avant de l’avoir obtenue, il se retrouve maintenant devant le même dilemme qu’avec Obama : bloquer la construction dans les territoires pour reprendre les négociations.

Si c’est une désillusion pour Netanyahou, qui avait cru en la victoire de sa politique de statu quo avec les palestiniens, c’est surtout la découverte d’un Président pragmatique caché derrière le Trump volubile qui ne mettait en avant que ses volontés personnelles.

Même s’il n’a pas encore défini les contours définitifs de sa politique Proche-Orientale, Trump a déjà fait passer le message aux dirigeants israéliens. C’est celui du soutien fort d’un ami d’Israël teinté d’un pragmatisme régional qui impose à Israël des concessions douloureuses pour tenter de parvenir à la paix.

Comme quoi, un Trump peut en cacher un autre…

Claude LEVY

 

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